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La présidence sud-africaine du G20 : un sommet historique face aux vents contraires géopolitiques

Les 22 et 23 novembre, Johannesburg accueillera le sommet du G20, faisant de l’Afrique du Sud la première nation africaine à en assurer la présidence. Si cet événement représente une occasion majeure de porter la voix du continent à la table des discussions, la présidence de Pretoria est néanmoins entravée par un système multilatéral affaibli et par des tensions géopolitiques croissantes, rendant la tâche à la fois prometteuse et complexe.

  • Première nation africaine à assumer la présidence du G20, l’Afrique du Sud saisit cette occasion pour affirmer le poids diplomatique et stratégique du continent. Le sommet est toutefois éclipsé par l’absence des chefs d’État des États-Unis, de la Chine et de la Russie, ainsi que par des tensions entourant un système multilatéral fragilisé.
  • Pretoria place les priorités africaines et celles des marchés émergents au cœur de son programme dans un G20 fragmenté, en mettant l’accent sur la coopération Sud-Sud et la création de coalitions pour bâtir un multilatéralisme plus inclusif.
  • La présidence sud-africaine du G20 illustre la montée en influence de l’Afrique sur la scène mondiale, renforcée par l’adhésion permanente de l’Union africaine depuis 2023. Cependant, elle demeure limitée par les déséquilibres mondiaux et les défis internes, malgré une réelle fenêtre d’opportunité diplomatique.

À propos

Yaëlle Mbouopda Youmbi est analyste chez Concerto. Spécialisée dans les questions géopolitiques et sécuritaires d’Afrique centrale, Yaëlle se focalise sur l’analyse stratégique et la gestion des risques dans l’ensemble de la région. Contactez Yaëlle à son adresse mail, yy@concerto-pr.com, afin d’obtenir plus d’informations sur le sujet, ou pour mieux comprendre comment Concerto peut vous accompagner.  


Afrique du Sud au G20 : entre symbole fort et opportunité stratégique sur fond de tensions

Une présidence africaine sans le géant économique mondial

Le sommet du G20 est éclipsé par l’absence des États-Unis, dans un contexte de tensions croissantes entre l’administration Trump et l’Afrique du Sud. Alors que le vice-président JD Vance était attendu pour représenter Washington, les États-Unis ont officiellement décidé de boycotter le sommet et n’enverront aucune délégation. Cette décision fait suite à plusieurs mois de relations diplomatiques tendues, après que Washington a formulé des accusations infondées de persécution et de « génocide » de fermiers blancs en Afrique du Sud, des allégations que Pretoria a fermement rejetées. L’imposition par les États-Unis, en août 2025, de droits de douane de 30% sur les exportations sud-africaines — les plus élevés imposés à un pays africain, alors même que Pretoria reste le principal partenaire commercial de Washington sur le continent — a davantage terni les relations bilatérales.

Parallèlement, le président chinois Xi Jinping, dont l’Afrique du Sud espérait la présence, sera représenté par le Premier ministre Li Qiang. Le président russe Vladimir Poutine sera lui aussi absent, probablement en raison du mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale. Il sera représenté par Maxim Oreshkin, chef adjoint de l’administration présidentielle. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui avait conduit la délégation russe lors des trois précédents sommets du G20, aurait été quelque peu écarté par Poutine ces dernières semaines après l’annulation soudaine d’un sommet planifié entre les États-Unis et la Russie.

Pretoria entend utiliser le G20 pour promouvoir le multilatéralisme et faire avancer l’agenda du Sud global, dans la continuité des précédentes présidences de ce groupe. L’invitation adressée à plusieurs pays d’Afrique, des Caraïbes et d’Asie — dont le Nigeria, l’Égypte et Singapour — illustre sa volonté de soutenir cet agenda par l’intermédiaire de représentants d’économies diverses.

Si l’absence des États-Unis constitue un revers pour la présidence sud-africaine, la décision de boycotter le sommet reste moins dommageable qu’une participation destinée à paralyser toute prise de décision. Les États-Unis ont néanmoins annoncé qu’ils s’opposeraient à toute publication autre qu’une « déclaration du président », refusant de soutenir une « déclaration des dirigeants ». Cela marquerait le premier sommet du G20 depuis 2008 — le tout premier — à ne pas se conclure par une déclaration commune. Malgré cela, l’absence américaine ouvre des perspectives aux pays européens et à la Chine, désireux de combler ce vide de leadership. Les premiers partagent largement les priorités de Pretoria pour le G20, tandis que la Chine s’efforce de se présenter en championne du multilatéralisme, en contraste marqué avec Washington.

Porter l’agenda africain  : ambitions et obstacles

Renforcer l’influence africaine au sein d’un G20 fragmenté 

En tant que première nation africaine à présider le G20, l’Afrique du Sud incarne l’ascension du continent sur la scène mondiale, marquant une étape diplomatique majeure et lui offrant une voix plus forte. Première économie du continent, l’Afrique du Sud entend affirmer son statut de puissance émergente et promouvoir les priorités africaines, notamment la lutte contre le changement climatique, la question de la dette, la résilience face aux catastrophes, les minerais critiques et la réforme des institutions financières internationales. Sous le thème « Solidarité, Égalité, Durabilité », Pretoria cherche à s’appuyer sur la dynamique impulsée par les présidences de l’Indonésie (2022), de l’Inde (2023) et du Brésil (2024), et à ancrer cet élan dans le cadre du 7e sommet Union européenne–Union africaine à Luanda, les 24 et 25 novembre. L’Union africaine a obtenu un siège permanent au G20 en septembre 2023, sous la présidence indienne.

Cette présidence constitue également une occasion pour l’Afrique du Sud de mettre en avant sa stabilité politique relative, son attractivité économique et son expérience diplomatique, notamment en matière de médiation régionale et d’opérations de maintien de la paix, comme en République démocratique du Congo et au Mozambique. Pretoria cherche ainsi à placer le développement durable, l’inclusion sociale et la coopération intra-africaine au cœur du G20, alors que l’ordre mondial reste marqué par de fortes turbulences géopolitiques et par la fragmentation des alliances internationales.

L’approche sud-africaine met l’accent sur la construction de coalitions, la médiation et la défense active des priorités du Sud, afin de forger une voix africaine capable de bâtir un consensus inclusif. Cette stratégie s’inscrit dans une vision à long terme visant à refonder le multilatéralisme et à corriger les déséquilibres structurels hérités de l’ordre économique mondial, notamment en démocratisant la gouvernance financière et en répondant aux vulnérabilités propres au continent. Un axe majeur de l’action de Pretoria concerne la réforme de la dette et l’accès accru à des financements climatiques innovants. En 2025, 23 pays africains sont classés par la Banque mondiale comme étant en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement.

Malgré la fragmentation politique mondiale croissante et l’absence de plusieurs chefs d’État majeurs, la présidence sud-africaine devra composer avec le risque d’un blocage sur les grandes questions internationales, tout en s’efforçant d’imposer un récit africain et de renforcer l’agenda du Sud global.

Quels impacts concrets, quelles limites structurelles et quelles perspectives pour l’affirmation de l’agency africaine ?

Cap ou mirage ? Un défi de concrétiser l’ambition africaine sur la scène internationale

La question centrale demeure : cette présidence sud-africaine, au-delà de sa portée symbolique, pourra-t-elle transformer ses ambitions en avancées concrètes pour le continent ? La tâche s’annonce ardue au vu de la rivalité entre grandes puissances, des déséquilibres systémiques persistants au sein du G20 et du faible engagement politique des États-Unis.

Sur le plan intérieur, l’Afrique du Sud doit composer avec ses propres contraintes – une croissance atone, des inégalités sociales, un chômage élevé et des tensions politiques internes – susceptibles de freiner la projection de son leadership. À l’échelle continentale, la coordination entre États africains, souvent concurrents, demeure une condition préalable à toute consolidation durable de leur influence collective. Pourtant, le « vide diplomatique » créé par le désengagement partiel des grandes puissances offre aux acteurs africains une fenêtre d’opportunité pour s’affirmer comme initiateurs d’agenda et médiateurs clés, en phase avec la dynamique de l’Union africaine et le repositionnement du Sud global dans l’ordre international.

Plutôt qu’un tournant radical vers une architecture de gouvernance mondiale plaçant l’Afrique au centre, les résultats observés suggèrent que l’inclusion du continent demeure surtout symbolique, limitée par le manque d’engagement politique et financier des grandes puissances. Néanmoins, l’héritage de la présidence sud-africaine du G20 pourrait constituer un moment charnière pour les nations émergentes et africaines – une occasion réelle de transformer des ambitions communes en influence cohérente au sein de l’ordre mondial en mutation.

Préserver les priorités communes renforcées au cours du G20 et les prolonger dans les futurs cadres multilatéraux sera essentiel pour faire progresser une architecture de gouvernance mondiale plus équilibrée, représentative et résiliente. Toutefois, cette dynamique pourrait être de courte durée : à la clôture du sommet, Ramaphosa remettra la présidence du G20 à une chaise vide représentant le prochain hôte, les États-Unis – annonçant l’arrivée de priorités en profond décalage avec celles de l’Afrique du Sud.

 

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