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L'impact des flux financiers illicites sur les économies africaines

Actualité

Les enquêtes récentes qui ont révélé des transactions offshore, telles que les Pandora papers et le Congo Hold Up, montrent l'ampleur et l'impact des flux financiers illicites sur les économies africaines.
Alors que les pays africains cherchent à amortir l'impact de la crise économique causée par la pandémie de COVID-19, la lutte contre l'évasion fiscale est devenue plus importante que jamais. Le rapport de Tax Justice Network sur l'état de la justice fiscale publié en novembre révèle que, si le volume des flux financiers illicites en termes absolus est plus faible en Afrique que dans d'autres régions du monde, son impact sur les recettes fiscales est bien plus important sur le continent. Le rapport estime que 483 milliards de dollars sont perdus chaque année au profit des paradis fiscaux. A l’échelle du continent, les pertes fiscales annuelles atteignent 17 milliards de dollars. Les abus fiscaux transfrontaliers des multinationales et des individus qui dissimulent des actifs et des sources de revenus à l’étranger sont les principales causes de ces pertes, toutes deux permises par ceux-là même qui prônent une justice fiscale, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, selon l’étude. Dans le contexte africain, le manque à gagner fiscal affaiblit la prestation des services publics et nuit à la capacité de redistribution des gouvernements. Sur le continent, plusieurs organisations et initiatives ont vu le jour pour combattre les flux financiers illicites. Le Forum africain de l'administration fiscale, qui a été créé en 2008 et compte 37 États membres, fait avancer les réformes et les politiques fiscales. Le Réseau parlementaire africain sur les flux financiers illicites et la fiscalité, qui a été lancé en 2015, rassemble des législateurs de 11 pays africains et offre une plateforme pour débattre de la gouvernance fiscale et promouvoir les meilleures pratiques sur le sujet.  Les efforts multilatéraux en matière de transparence fiscale se sont accélérés ces dernières années avec la création par la Commission économique pour l'Afrique du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d'Afrique, qui a publié en 2015 un rapport sur les causes de ces flux. En mai, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'Union africaine, la Banque mondiale et l'Administration fiscale africaine ont publié un autre rapport intitulé, "La transparence fiscale en Afrique 2021", qui évalue les progrès de 34 pays africains en matière de réduction des flux financiers illicites et d'amélioration de la mobilisation des ressources intérieures.   Tandis que plusieurs pays africains débattent actuellement des budgets pour 2022, et que l'OCDE envisage d'introduire une réforme fiscale mondiale, une attention accrue sera accordée aux flux financiers illicites. La nécessité d’identifier de nouvelles sources de revenus pour faire face aux conséquences de la COVID-19 et celle de vacciner les populations sont des facteurs clés dans la lutte contre l’évasion fiscale. Dans ce contexte, les multinationales opérant sur le continent ainsi que les grandes fortunes feront l'objet d'une surveillance accrue. À l'avenir, des organisations de la société civile comme le Tax Justice Network Africa ou des lanceurs d'alerte comme la Plateforme pour la protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PLAAF) exerceront une influence considérable sur l'opinion publique, et en particulier sur les jeunes électeurs, qui exigent des mesures fortes de la part de leur gouvernement.